The French Lady

Laure Bouquery Coach de vie et sexologue, spécialisée en sexualité, relations et regard sur le corps à Bruxelles (Schaerbeek)
Nouvelles et poèmes érotiques de The French Lady, écrits avec et pour des personnnes s'identifiant comme queer.
Laure Bouquery, sexologue à Bruxelles

Histoires érotiques…

The French Lady, c’est un projet d’écriture érotique né par surprise au détour d’une rencontre, puis lentement mûri jusqu’à devenir ce projet particulier où les mots se mélangent à l’art pour inspirer les lectrices et lecteurs.

Mais ce que j’aime le plus dans ce projet, c’est son inclusivité. La littérature érotique, cela ne surprendra personne, c’est souvent une question hétéro cisgenre. Trouver de la bonne littérature qui s’écarte des sentiers battus n’est pas toujours chose facile. Il faut parfois aller se promener dans d’autres pays, apprendre d’autres langues, pour trouver ce que l’on cherche. Quand on le trouve.

Les nouvelles proposées ci-après ont toutes été imaginées et écrites par The French Lady. Parfois seule dans son jardin secret, parfois en symbiose avec des personnes qui ont accepté de lui partager leurs fantasmes. Merci à toutes celles et ceux qui l’ont inspirée.

Bonne lecture…

*

À W.

I will not forget

Tes longs doigts sur ma peau
Qui caressaient mon âme
Et nos corps transpirants

I will not forget

Tes yeux enveloppants
Qui disaient tes silences
Et nos moments étroits
Où le temps se balance

I will not forget

Tes mains plaquées au mur
Tes soupirs et tes râles
Ton corps abandonné
Mon désir animal

I
Will
Not
Forget

Tes yeux qui se fermaient
Quand ça devenait trop
Et ma peur
Et ma joie
Etouffées dans mes mots

I will not forget

L’osmose de nos corps
La magie invisible
La magie indicible
Qui nous clouait les coeurs
Et ton émerveillement
Quand je m’émerveillais
Qu’à chaque nouvelle rencontre
Ce soit tellement parfait

I will not forget

Tes orgasmes sans fin
Qui me vrillaient les tripes
Et nos corps dépendants
Mais ce n’était que moi
Pourtant…
C’est toi qui disais
Comme pour te rassurer
Ce n’est pas que du sexe
Ce n’est pas que du sexe
Non ça n’en était pas
Je n’ai pas su le voir
Je n’ai pas su le dire
Quand il aurait fallu

I will not forget

Cette saleté de virus
La distance et la vie
Tu m’as sortie de toi
Je l’ai enfin admis
Alors je coupe le fil
Alors je me libère
Alors je te libère
I will not forget…

But it’s time to move on

*

Merci à R.

Un homme, seul, le pouce tendu. Milla hésite. Elle prend toujours les auto-stoppeuses, presque jamais d’auto-stoppeur. Pourtant, sans pouvoir se l’expliquer, elle n’a pas peur pour elle-même, et elle sait que l’état de sa voiture est suffisamment dissuasif pour que les voleurs ne s’y intéressent pas.
Elle ralentit pour l’observer par la fenêtre opposée. La cinquantaine, le visage mangé par une barbe entretenue, il a l’air perdu et triste. Elle s’arrête. C’est un italien mais il n’est pas d’ici, elle le voit tout de suite. « Où allez-vous ? », lui crie-t-elle. Un silence. « Je ne sais pas. » « Bon. Montez. Je m’appelle Milla ». Quelques minutes passent, elle se demande ce qu’il fait là, s’il s’attend à ce qu’elle lui propose le gîte et le couvert. Il est beau. Très. Mais elle n’a pas la place pour accueillir qui que ce soit. Un lit simple, pas de canapé ni de fauteuil, pas de matelas à mettre par terre. Elle est pauvre. Lui proposer de dormir à même le sol lui semble insultant. Elle poursuit son chemin vers le village sans trouver quoi dire.

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Tony

Cette femme se méfie de moi, je le sens. Où je vais ? Bonne question. Là où le vent me portera. On arrive à un village, un de ces petits bleds perchés avec des maisons tout de travers, en vieilles pierres décalées par le temps et rongées par le soleil et les intempéries. C’est beau. « C’est là que je vais », finis-je par lui répondre.
Elle ne dit rien et semble mal à l’aise. J’ajoute : « Y a-t-il un hôtel ici ? » Son visage se détend d’un coup et un sourire lumineux la transforme tout entière. « Oui. Je vous y dépose ».
Comme toutes les maisons aux murs tordus qui l’entourent, l’hôtel semble prêt à s’effondrer. « C’est un très bon hôtel, vous savez. Vous y serez bien », dit la jeune femme. Je la remercie et sors avec mon balluchon qui contient toute ma vie.
L’entrée de l’hôtel est à l’image de l’extérieur. Une petite table en bois couverte d’auréoles sert de bureau d’accueil, sur laquelle sont disposés un téléphone qui ressemble à une antiquité, une petite sonnette en fer, un pot de stylos dépareillés et un agenda ouvert. Personne. Je sonne. Les minutes passent. Derrière le bureau, des clés pendent dans un tableau accroché au mur. J’en compte trois, et deux clous nus. A droite, une porte en vieux bois, fermée. A gauche, un passage sépare l’entrée de la pièce principale. J’y passe la tête. Quelques tables sont recouvertes d’une nappe immaculée et de vaisselle ancienne soigneusement disposée. Au fond de la salle, deux portes, fermées également, et sur le côté droit de la salle, un autre passage, semblable au premier, vers une pièce dont je ne perçois que la lumière naturelle qui inonde le sol de la salle à manger. Un salon, sans doute. Aucun tableau, aucune décoration superflue.
Un mince jeune homme finit par arriver.
– « Bonjour ! C’est pour manger ? Dormir ?
– Les deux.
– Parfait ! Combien de nuits comptez-vous rester ?
– Je ne sais pas. »
Il me regarde un peu bizarrement et sort des papiers à remplir. « Vous n’avez qu’à laisser le nombre de nuits vide », dit-il. Je remplis le reste et sors de quoi payer l’avance demandée. Il regarde attentivement la qualité du cuir de mon portefeuille et les billets qui en dépassent. La méfiance quitte son visage. Que les gens sont prompts à juger… Il me tend une clé et m’explique comment accéder à la chambre par la vieille porte qui se trouve à côté de moi. « L’hôtel met un point d’honneur à fonctionner comme les meilleures auberges d’autrefois », me dit-il. « Nous n’avons ni le WIFI, ni la télé. Chaque chambre est toutefois équipée d’une douche et de toilettes. Le plat est différent chaque jour de la semaine, mais c’est le même pour tous les résidents. C’est le cuisinier qui le choisit, je suis certain qu’il vous plaira. » Je prends la clé et monte au 1er étage où je trouve sans difficulté la chambre 3 au bout d’un couloir tout simple peint en blanc.
Petite, éclairée d’une fenêtre qui fait face à la porte, les murs de la chambre sont tendus de velours pourpre et décorés de lourds pompons dorés accrochés au quatre coins de la pièce. Le plafond est recouvert d’un immense miroir. Le lit à baldaquins de bois sculpté, perpendiculaire à la porte et sans rideaux, prend presque toute la place. Flanqué de deux petites tables de nuit en bois soigneusement travaillé sur lesquelles est posé un bougeoir, il est entouré de lourds tapis moelleux de la même couleur que les murs. Les oreillers et les draps, aussi blancs que les nappes du restaurant, invitent au repos. A côté de la porte, on devine une armoire encastrée. Une petite table en bois et une chaise assortie complètent le mobilier de la pièce. Dans un coin, un passage s’ouvre sur un petit cabinet équipé d’une minuscule baignoire îlot à côté de laquelle se serrent des toilettes à l’ancienne.
Sur le mur face au lit trône un immense tableau. Je pose mon balluchon sur le lit et m’y assieds pour le regarder. On y voit une scène d’une extrême sensualité, mélangeant des corps dont il est impossible de dire si ce sont des hommes ou des femmes, embrassés et s’embrassant avec une volupté qui m’atteint au creux du ventre. Je me relève pour admirer la peinture, si vraisemblable qu’elle semble presque vivante, et m’aperçois qu’on n’y distingue aucun visage. Machinalement, mes doigts s’en approchent et se mettent à suivre sans les toucher les lignes des images. Au bout de quelques minutes, une douce langueur s’empare de moi et je décide de m’allonger pour fermer les yeux quelques instants. L’image érotique danse sous mes paupières et m’entraîne dans un imaginaire débridé. Lorsque je rouvre les yeux, il est presque vingt heures. Je me rafraîchis rapidement, change de vêtements et descends pour le repas.
Je remonte après un souper trois services d’une rare délicatesse, légèrement ivre d’un délicieux vin local. Le lit m’attend sous le miroir, face au tableau. Toutes les conditions sont réunies pour me faire céder à l’appel de mes sens mais quelque chose me retient, une sorte de pudeur que je connais bien : je n’ai jamais réussi à me laisser aller aux plaisirs charnels la première nuit dans un endroit inconnu.

Je me réveille le lendemain d’excellente humeur et décide d’aller découvrir le village. A la réception, délicate attention, on me propose un sandwich bien garni, du fromage et des fruits pour m’éviter de revenir à midi, si je souhaite explorer les environs. Des vagues de chaleur montent déjà des pierres irrégulières de la route et de nombreux passants vaquent à leurs occupations. Tout le monde se salue et me salue, et je suis surpris par les regards complices que je surprends entre les habitants après leur avoir répondu d’un signe de tête. Je passe la journée dans les ruelles collées à la montagne abrupte et rentre à l’hôtel en fin d’après-midi, gorgé de chaleur et d’une saine fatigue. Le miroir, le tableau… mes sens me taraudent de nouveau. Une douche, un bon repas et me coucher. L’endroit ne m’est plus inconnu et j’ai vraiment trop envie de communion avec ces corps. Ce soir, je cède, ce soir je m’offre les délices qui me poursuivent depuis hier. Je ferme ma porte à clé, m’allonge nu sur le lit, la tête sur l’oreiller, de telle sorte que je puisse voir à la fois le tableau, son reflet et le mien dans le miroir, et laisse libre cours à mes mains sur ma peau. Très vite, des vagues de plaisir me submergent et mes yeux se brouillent. Les images du tableau et du plafond se mélangent en une danse vertigineuse, je suis avec eux, je suis en eux et ils sont en moi, et toutes ces mains et ces bouches que je crois sentir me caresser m’emmènent vers un aboutissement dont l’urgence me suffoque. Mes yeux emplis des mélanges du tableau se ferment sans que je puisse les en empêcher et j’entends une porte s’ouvrir. C’est trop tard pour arrêter mon corps, et malgré moi, malgré mon désarroi à l’idée du spectacle que j’offre en cet instant à une personne inconnue, ou peut-être aussi grâce à cette intrusion inattendue, mes membres se mettent à vibrer de manière incontrôlable et je jouis avec une puissance qui m’éparpille. C’est la première fois que je ressens un tel déferlement érotique, une telle plénitude. Lorsque je reprends mes esprits, aucune trace de sperme nulle part, ni sur ma peau, ni sur les draps. Je me lève pour vérifier la porte : elle est toujours fermée à clé. Je n’ai pourtant pas rêvé, je suis certain de l’avoir entendue s’ouvrir.
En passant le long du tableau pour gagner le cabinet de toilette, je m’aperçois qu’il est de travers. Ou plutôt, qu’il est un peu décollé du mur sur un côté. Bizarre, je n’avais pas remarqué cela avant. J’appuie dessus pour le remettre contre le mur. Un bruit de porte qui se ferme. Je reste interdit. Une évidence me traverse, je tire sur le tableau de nouveau, essaie avec précaution de le décrocher du mur, il n’y a rien derrière, rien que le mur tendu de tissu. Je m’énerve, je tâte le cadre de tous côtés. Toujours rien. Je sens la sueur me couler dans le dos : il se passe des choses étranges ici.

Plusieurs nuits passent sans que j’ose ne serait-ce que me regarder dans le miroir au-dessus de mon lit. Je suis mal à l’aise, je dors mal. Je pourrais repartir, mais quelque chose me retient. La journée, je traîne dans les rues à observer la foule. Toujours cette complicité ambiante, toujours ces sourires en coin entre ces gens qui se saluent, toujours cette impression d’être le centre de l’attention sans pouvoir l’expliquer.
Un soir, après une journée particulièrement brûlante et un souper voluptueux, je ressors prendre l’air pour apaiser mes sens chauffés à blanc par le soleil. Il fait déjà nuit. Je marche une bonne heure dans les rues calmes, et à mon retour à l’hôtel, je croise Milla accompagnée d’un homme de son âge. « Si jeunes, si beaux… leurs années se cumulent dans les miennes » est la première pensée qui me vient à l’esprit. Elle me sourit de son sourire éclatant, presque indécent, tandis que je me sens happé par la beauté de son compagnon dont le regard sombre me va droit aux tripes. Mes sens s’enflamment et je me précipite sans manière à l’intérieur pour regagner ma chambre où je m’enferme à double tour. Il y fait très chaud. Le tableau attire mon regard comme jamais et je finis par succomber à l’envie de le regarder de nouveau. Je me fige. Je ne reconnais pas les lignes du premier jour. «Trop de soleil aujourd’hui », m’entends-je dire tout haut. Les personnages ont changé de position. Je distingue clairement leurs visages, pourtant je suis certain qu’on ne les voyait pas avant. Ils me sourient, comme m’invitant à les rejoindre. Comment est-ce possible ? L’angoisse provoquée par cette découverte retombe soudain : quelqu’un me joue un tour et a remplacé le tableau par un autre. Oui, c’est la seule explication plausible. Mais pourquoi ferait-on cela ? On verra demain. Je me déshabille entièrement et m’assieds pour observer les changements. Après de longues minutes, l’effet du tableau sur mon corps m’incite à m’allonger sur le lit. Je suis soulagé d’avoir trouvé une explication logique et j’ai envie de volupté. Le miroir me renvoie le reflet de mon corps transpirant et celui de la peinture qui m’appelle. Je ferme les yeux et les images érotiques m’envahissent de nouveau. Je me laisse aller et la danse du plaisir me reprend, mes mains sur mes bras qui remontent lentement vers mon visage, m’effleurant à peine, puis caressant mes lèvres pour redescendre le long de mon cou, de mon torse, de mon ventre. Je ne veux rien précipiter, je rouvre les yeux, suspends mes gestes, puis recommence en me regardant au plafond et en regardant ce tableau hypnotique. C’est plus lent cette fois. Je suis détendu mais je sens comme une appréhension alors que le plaisir monte progressivement. Soudain, alors que la vague est sur le point de m’emporter, le déclic de la porte. Je bondis hors de mon lit comme un ressort. La porte est fermée. Mon regard se tourne immédiatement vers le tableau : il est de nouveau décollé du mur. Cette fois, au lieu de le pousser, je tire sur le cadre. Le tableau pivote comme une porte que l’on ouvre. Je me dis que je suis en plein rêve, que je me suis endormi et que toute cette chaleur ne me réussit pas, et dans le même temps, je ne veux surtout pas me réveiller tant ce que je vois par cette porte entrouverte me subjugue. Des dizaines d’hommes et de femmes, entièrement nus, soupirent et se caressent et s’enlacent de toutes les manières possibles et imaginables, à la lumière de dizaines de chandeliers, dans un jardin luxuriant dont je ne vois pas les limites. Des fruits, des bouteilles de vin, des mets délicats sont disposés un peu partout. Des murmures et des gémissements semblent émaner de toutes parts, telles les voix des sirènes d’Ulysse. Je me frotte les yeux, me retourne pour vérifier que je suis bien où je crois être, la chambre est là, derrière moi, le lit avec les draps défaits et mes vêtements sur la chaise. Quelques marches seulement me séparent de ce jardin incroyable en contre-bas. Je regarde tous ces corps, et tous appellent le mien, je me sens irrésistiblement attiré par tout ce plaisir palpable, innocent et libérateur, et je descends. Un dernier doute, je me retourne : le tableau s’est refermé derrière moi. Mais les appels s’intensifient, mon ventre me brûle, et soudain, sans que j’aie compris comment, le compagnon de Milla se dresse devant moi, son sexe gorgé de désir brandi comme une torche, et son regard profond qui fouille le mien. Mes mains ne m’appartiennent plus, ni le reste de mon corps, et un élan presque surnaturel les guide malgré moi vers ses pectoraux lisses et bruns, vers ses épaules luisantes, ses bras de velours et jusqu’à ses longues mains qui s’emparent des miennes pour les poser sur son ventre, les faire glisser le long de ses hanches, puis les refermer sur ses fesses. J’ai souvent rêvé d’hommes mais n’ai jamais osé. Les femmes me touchent et m’attendrissent et je ne me lasse pas de voir le plaisir épanouir leur visage. Les hommes éveillent l’animal en moi, cela me rend fou et me fait peur. Debout contre ce magnifique Adonis, peau contre peau, verge contre verge, j’ai envie de lui comme jamais je n’aurais imaginé avoir envie d’un homme. Il se retourne et m’emmène sur une sorte d’immense matelas de verdure où des corps se mélangent et jouissent, où des visages extatiques et des cous renversés offrent leur plaisir au ciel étoilé. Je reconnais le jeune homme de l’accueil de l’hôtel, qui me sourit un instant des yeux alors qu’il se perd dans les bras d’une femme de vingt ans son aînée. L’excitation me fait mal, et c’est la voix de Milla près de mon oreille qui brise ma dernière barrière : « Prends-le, il te veut ».
Urgence, puissance, profondeur, souplesse, beauté, morsures, cris, tout se mêle et enfle dans ma tête et dans mes veines, et je jouis sans relâche pendant un temps infini, enchaînant orgasme sur orgasme, toujours plus fort, toujours plus violent, je suis lui et il est moi. Milla nous rejoint et nous regarde longuement avant de se mélanger à nous. Bientôt, d’autres mains et d’autres bouches viennent nous caresser, les membres s’emmêlent et se démêlent, tout glisse et coule, s’effleure et s’agrippe, et je finis par sombrer, repu, dans un sommeil sans rêve.
Lorsque je me réveille, il fait jour et je suis dans mon lit. J’essaie de bouger, mon corps ne répond pas à ma volonté, il pèse des tonnes. Je reste là, allongé, les yeux dans le vide, pendant un temps indéterminé. Lorsque je parviens enfin à me lever, je constate que l’image du tableau est celle du premier jour. Plus de visage, plus d’invitation au plaisir partagé. « Regardez-nous mais ne nous dérangez pas », semblent dire les personnages. Machinalement, je vérifie : la porte est fermée à clé. Et bien sûr, il n’y a rien derrière le tableau.
Je m’interroge toute la journée sur cette étrangeté digne d’une nouvelle de Maupassant. Je croise en marchant quelques uns des villageois dont les visages déformés par le plaisir m’ont été offerts cette nuit, mais eux ne semblent pas me reconnaître. Toujours ces mêmes hochements de tête sans un mot, toujours ces mêmes regards complices. Je ne comprends rien, mais est-il toujours nécessaire de tout comprendre ? Je n’ai pas envie de briser ce rêve éveillé.
Le soir, les visages du tableau me sourient de nouveau. Les fantasmes aidant, je m’offre une plongée dans des sensations exquises, espérant débloquer la porte magique. Bingo. Juste avant que je lâche prise, le clic espéré résonne dans la chambre. J’accueille la plénitude avec bonheur avant d’aller rejoindre les corps brûlants qui m’attendent.

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Pendant des semaines, mon plaisir a ouvert la porte interdite, pendant des semaines, j’ai fait l’amour avec toutes et tous, sans différenciation d’âge, de sexe ou de corps, dans un décor digne de l’Olympe. Chaque nuit, nous nous redécouvrions comme si c’était la première fois, et j’ai goûté à tous les plaisirs que mon imagination sans limite ait pu m’offrir. En journée, rien ne transparaissait de nos orgies nocturnes ; les habitants du village se croisaient, entraient et sortaient des échoppes, rien de particulier n’attirait mon attention. Outre mes brefs dialogues avec le jeune réceptionniste de l’hôtel, aucun mot ne fut jamais échangé ni en ma présence, ni avec moi.
Je ne sais pas ce qui s’est passé. Le tableau ne s’ouvre plus. J’attends en vain depuis trois jours, je me suis caressé et offert toutes les joies possibles pour débloquer cette satanée porte. En vain. Les personnages ne m’ont plus jamais regardé. Cette expérience fabuleuse est terminée. Peut-être ai-je inconsciemment désiré cette fin ? Peut-être est-il temps de passer à autre chose et de transmettre ce que j’ai vécu.
Aujourd’hui, je pars.

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Milla

Le Mystérieux est reparti comme il était arrivé. Le Mystérieux, c’est comme cela qu’on l’appelait entre nous, parce qu’il ne nous a jamais parlé, parce qu’on le trouvait tous étrange, au village. Il avait quelque chose de sombre et fascinant sous notre soleil de plomb. Son regard noir et profond, surtout. Comme s’il nous interrogeait à chaque rencontre, comme s’il cherchait à percer un secret que nous lui aurions refusé.

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Pour MG.

On me paie toujours quand j’arrive, sans savoir combien de temps ça durera. Ce n’est pas la durée qui compte, c’est l’intensité.
Je vis dans l’autre monde, le monde de ceux qui assument l’ombre de leur sexualité, le monde de la sensualité pure et sans vernis. Mes adeptes découvrent mon existence par le bouche-à-oreille. Depuis cinq ans que fais ce métier, je n’ai jamais eu de mauvaise surprise. Je travaille avec des femmes seules comme avec des couples, parfois même avec des trios. On s’arrache mon temps et mon art, et pourtant, je ne veux pas de la célébrité. Ce n’est pas cela qui m’intéresse. C’est le pouvoir. Le pouvoir de donner du plaisir à ma manière, selon mes règles, mes codes, et d’en prendre comme je l’entends. Je leur offre au travers de mon regard un voyage des sens qu’ils n’oublieront jamais.
Je suis toujours habillée avec sobriété, dans des vêtements amples et sombres, qui ont tendance à effacer mon corps. Seuls mes yeux comptent. Ils sont mordorés, une couleur rare qui contraste avec ma peau d’ébène. J’accorde mes regards comme on offre son corps. Je les travaille pendant des heures pour étendre la palette d’émotions que je veux exprimer au moment choisi. Mes yeux sont mon arme absolue, ils glissent, giflent, griffent, mordent, lèchent, caressent et apaisent. Ils insufflent la vie comme ils donnent la mort, dévorent les chairs, se repaissent des textures, des formes, des ombres, des nuances. Et puis, quand enfin ils ont trouvé ce qu’ils cherchaient, ils restituent ce qu’ils ont pris.

La plupart du temps, ça se passe dans une chambre. Mes hôtes choisissent le lieu et je m’adapte. Ils sont maîtres du résultat, je ne suis que l’outil. Il me faut juste une chaise confortable et un éclairage suffisant pour qu’ils voient mon regard et que je voie leur corps. Je suis là et je ne suis pas là. C’est eux qui décident de l’importance qu’ils veulent me donner, eux qui quémandent mon regard ou l’ignorent. Je suis la source ou l’estuaire, selon leur bon vouloir.
Je ne bouge pas. Pas un son ne m’échappe. Aucun soupir, aucun murmure de plaisir avant l’extase finale. Lorsque nous ne sommes que deux femmes, mes regards sont plus insistants, plus profonds, plus sensuels. Je parcours des yeux les courbes de ma proie avec une lenteur calculée, je guide ses mains là où mon regard veut la découvrir. J’aime partir du front, frôler la fragilité des paupières et le duvet des joues jusqu’aux lèvres et m’insinuer dans la bouche quand elle s’entrouvre. Je devine les dents et m’attarde sur la douceur de l’émail, puis glisse lentement le long du menton jusqu’au cou, remonte derrière l’oreille, dans le creux du lobe, avant de reprendre tout doucement ma progression vers la nuque, là où les cheveux laissent place à la peau nue, là où le contact imaginaire fait frissonner jusqu’au bout du corps. Puis je repars le long de l’épaule, pour descendre vers le galbe du sein et guider ses mains sur ses mamelons que la caresse durcit, le long de son ventre, jusqu’entre ses cuisses où coule le plaisir qui monte. Mus par mes ficelles, ses doigts se promènent, s’arrêtent, repartent vers d’autres caresses, et puis reviennent, s’obstinent, et le plaisir s’amplifie, et les doigts dansent, mais je la fais attendre, je veux qu’elle déguste la jouissance qui s’installe par petites touches alors que j’affine progressivement ses gestes. Je perçois le moelleux des formes, la cambrure qui s’accentue, la chaleur des vallées secrètes, la lourdeur des seins qui réclament mes baisers, le galbe des fesses, la souplesse du ventre et la tension des muscles, tout ce qui constituera l’œuvre finale. Quand mon regard et son corps ont trouvé l’accord parfait, que ses mains descendent une dernière fois entre ses jambes pour ne plus remonter et que son désir transforme son visage, mes lèvres se mettent à trembler, la pièce s’emplit de notre plaisir et l’image complète émerge.

Les séances durent plus longtemps avec les couples ou les trios. J’ai besoin de temps pour cerner les amants, deviner leurs envies, mesurer la subtilité de leurs échanges, installer la dynamique entre mon regard et leurs sensations, percer les secrets qu’eux-mêmes ne connaissent pas pour accorder leurs corps et les mener à l’abandon qui produira l’œuvre parfaite. Mes yeux accordent et refusent, accueillent leurs émotions, les amplifient et les leur renvoient, guident habilement leurs gestes vers le plaisir. Les peaux se découvrent, se collent et se décollent, les doigts explorent les zones sensibles et leur parlent, les mains se frôlent, se contraignent et se libèrent, les lèvres se trouvent et se fondent, les dents s’entrechoquent, les langues se caressent et s’emballent, les bouches se tordent et les sexes se cherchent, je les regarde et je les provoque, je joue avec leur désir, les frustre, les maintiens à distance jusqu’à trouver le subtil équilibre qui leur permettra de me rejoindre. Notre plaisir monte, et j’ancre en moi, encore et toujours, les centaines de détails nécessaires à la réalisation du tableau final. Ils me supplient du regard, leur tension sexuelle résonne dans tout mon être, et quand mes pupilles dilatées par le désir disent oui, leurs corps se pénètrent et s’engloutissent et fusionnent jusqu’à ce que chaque geste, chaque mouvement, chaque souffle soit si parfait qu’enfin l’image se forme sur mon écran intérieur. Le temps s’arrête, et mes yeux, dans un dernier regard, les autorisent à jouir.

C’est là, à cette seconde ultime, que je prends mon cahier. Toute cette beauté, cet enchevêtrement de chair et de fluide et de son, la vision finale qui consume mon cerveau, tout cela sort de moi dans un dernier élan, et l’extase qui m’emporte libère dans un long cri silencieux la ligne qui immortalisera leur voyage dans mon regard.

Quand ils sont ivres de plaisir, terrassés, que leur corps inerte repose sur les draps et que leur souffle a repris son rythme lent et profond, je dépose le croquis sur la chaise et je m’en vais sans un bruit.

*

Texte écrit à quatre mains avec Lou V. Merci pour cet échange, aussi riche qu’inattendu ❤️

J’entre. Il fait sombre. Je distingue à peine les traits des visages luisants, les mains dont je devine la moiteur dans la chaleur enivrante. Les corps. Tous ces corps avides, libérés, désirants. Ces haleines lourdes, ces œillades pénétrantes, et toute cette admiration qui me donne le vertige. Je suis belle. Désirable. Je le sais. Je le sens. A leurs frôlements, à la manière qu’ils ont de chercher mon regard, à la façon dont mon corps prend tout seul ces poses lascives qui crient mon besoin d’être prise, là, maintenant.
Ça y est, j’y suis. Enfin. Je suis prête. Ma petite voix intérieure résonne en moi : « Tout va bien se passer, Lou ».

Il est là, dans un coin de la pièce. On ne se connaît pas encore mais on se reconnaît tout de suite. Nos corps s’appellent, je ne résiste pas longtemps. Il est à peine plus grand que moi, malgré mes talons, mais j’ai l’impression d’être toute petite. Il me toise et une lueur amusée brille dans son regard. « Comment tu t’appelles ? » « Lou. C’est ma première fois ». Ma voix tremble un peu. Il ne répond pas. Aucun de nous ne bouge. Ça dure un temps infini et je bois tout ce qui émane de lui. « Retourne-toi ». Je m’exécute. « Avance ». Un peu plus loin, il y a un canapé en cuir. Je m’en approche et pose mes mains aux ongles fins et rouges sur le dossier, dos à lui. J’attends.
Il joue, je le sens.
Après plusieurs minutes, je sens un mouvement derrière moi et ses doigts glisser très lentement de ma nuque à la naissance de mes fesses. Je serre les dents de désir et j’entends mes molaires crisser. Mes ongles s’enfoncent dans le cuir du canapé. Il m’attrape par la taille et se colle à moi brutalement, d’un coup de hanches qui me fait râler de plaisir. Je sens sa verge dure comme la pierre, droite comme une obélisque sous son pantalon, plaquée contre le sillon de mon fessier offert, et ses doigts qui s’enfoncent dans mes hanches. J’ai mal. C’est tellement bon. Je suis en nage sous mon body string en cuir lacé serré, et l’odeur du désir, de cette transpiration si particulière au sexe, me prend à la gorge. Il recule et passe son doigt à la place où se trouvait son phallus une seconde plus tôt, entre le tissu et ma peau. « Pénètre-moi ! » Ai-je osé ? Silence.
Il joue.
Son doigt va et vient de haut en bas, je me sens m’ouvrir, je me cambre à m’en briser les lombaires. Je sais que cette vue, avec mes talons aiguille démesurés en velours rouge sombre, est irrésistible. Une violente douleur sur la fesse m’arrache un grognement, je tourne la tête pour voir ce qui m’a frappée. Cravache ? Non. C’est plus long. Il m’attrape par les cheveux pour m’obliger à regarder devant moi, je me crispe. « T’aimes ça, salope ? ».
Il l’a senti. Il sait que l’insulte me transforme en une bête sauvage assoiffée de sexe. Il sait que je perds tout contrôle quand on me traite de chienne, de pute, de traînée, de tous ces noms interdits qui me rendent dingue. Et ça m’excite parce que ça va à l’encontre de tous mes principes.
Ses doigts frôlent la ligne douloureuse laissée par l’objet cinglant qui m’a labouré les fesses. Je me retourne d’un coup et m’agenouille devant lui en tirant si fort sur son pantalon que le bouton saute. J’ai peur et cette peur réveille ma puissance érotique. En quelques gestes, je libère son membre et l’enfourne littéralement dans ma bouche. Je savoure ce premier contact, mes yeux se ferment. J’ai tellement fantasmé ce moment. Il saisit mes cheveux pour me guider, en douceur. Ça me surprend, je n’avais pas imaginé ça. J’aime. Il sait que c’est la première fois et moi, je sais à quel point ça l’excite. Il me laisse faire. J’ai trop envie de lui, de le faire jouir, de sentir ses jambes vaciller. J’étouffe. C’est trop profond et pas assez en même temps. Le film Deep Throat me revient soudain en mémoire. Je me lève, l’attrape par l’ouverture frontale du tee-shirt moulant en vinyle qui le sculpte, et l’attire jusqu’au canapé resté libre. Il a compris. Un nouveau « salooooooope » siffle entre ses lèvres. Je me mets à quatre pattes sur le canapé et l’engloutis de nouveau. C’est plus facile mais un haut le cœur me secoue. Il repousse un peu ma tête. « T’es une petite gourmande toi, hein ? » Je teste. Avec ma langue, avec mes lèvres, avec mes dents même, alternant la douceur et la fougue. Ça dure longtemps, on prend tout le temps de déguster, lui comme moi. Je sens le plaisir monter en lui progressivement et le mien se démultiplier en conséquence. C’est inouï. Tout à coup, il me relève et me retourne sans façon, je retombe à quatre pattes sur le canapé. J’attends, tous les sens en éveil… Encore le fouet ? Je n’ose pas regarder. Non. Je sens sa peau contre celle de mes fesses, et ses doigts me parcourir l’entre-cuisses. J’imagine ce qu’il voit et cette image finit de m’ouvrir. Entre mes jambes, ça glisse. Il dégrafe mon body. Un doigt, doucement. Je tremble. J’en veux plus. Un deuxième, et plus profond. Il joue de nouveau. La douleur, oui, mais pas dans la barbarie. Je suis une pucelle, et il ne l’oublie pas. Ce mélange de puissance et de douceur, ces désirs opposés, mon univers fantasmatique ne sont rien en comparaison de ce qui est en train de se passer, de cette découverte impensable, inespérée, évidente.

Je suis prête.

Je me détends, mon désir continue d’augmenter, je perds pied. Il me tient par les hanches, et moi je m’accroche comme je peux, le cuir glisse sous mes doigts moites. Je sens sa verge gorgée de désir caresser mon sillon, puis se frayer un chemin à l’intérieur. Doucement. Fermement. Mon corps l’absorbe, et ses mouvements se mêlent aux miens. La puissance des sensations, ses mains ancrées à mon corps, son regard qui me brûle la croupe, et son visage que je ne vois pas et sur lequel j’imagine la montée du plaisir, me mènent droit vers l’orgasme. Ses doigts se raidissent soudain et je sens qu’il est aux portes de l’extase, lui aussi. Je suis débordée, j’ai envie que ça dure plus longtemps et que ça finisse tout de suite, c’est trop fort, et sans que je l’aie senti venir, un cri violent explose dans ma gorge, et je jouis comme jamais je ne pensais qu’il était possible de jouir, et les cris succèdent aux cris et se mêlent aux siens, se mêlent à toute cette lourdeur, toute cette puissance sexuelle, toute cette jouissance ambiante qui nous emporte jusqu’au fond de nos corps.

mmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmm***

Renaud. 6 mois plus tôt.

Mardi 15 janvier.
218 mails. Je suis découragé avant même d’avoir lu le premier. Pourtant, ce n’est pas le moment de flancher. Dernière ligne droite, pas le droit à l’erreur. Le meeting a été confirmé hier soir, on ne peut plus rien annuler.
Je respire profondément et laisse mes yeux parcourir les noms des expéditeurs. Jade, Steph, Steph, Marc, Jade, Steph, Lise, Marc, encore Steph, putain ! Il peut vraiment pas se passer de moi celui-là !
Relax, mec, on se détend. T’es pas cool. Ça doit déjà pas être facile pour lui d’avoir vu le poste lui filer sous le nez. Bon. On se calme, tout va bien se passer. Je sais ce que je fais. Je connais mon job, et cette place, je l’ai méritée. Je vais leur faire un speech dont ils se souviendront longtemps, un speech qui va marquer un tournant dans leur vie. Dans ma vie.

Je suis prêt.

J’ai une heure de tranquillité avant la réunion. Je commence ma lecture. Pas d’urgence, pas de feu au lac last minute. C’est de bon augure.
Pierre, Marc, Victor, Kevin, Jade, Nico, purée qu’est-ce qu’il y a comme mecs dans ce comité de direction ! Bertrand, Lise, Steph, Lou…
Lou ? Ça ne me dit rien. Sujet : « Surprise ! ». Encore un spam, sûrement. Ça faisait longtemps… ils sont devenus vraiment efficaces à l’informatique. Je regarderai ça plus tard.
Je me lève pour aller chercher un café et je reviens à ma place. Je me sens en puissance. Il fait beau, ce soir j’ai prévu d’emmener ma femme au resto pour fêter ça. Ça fait longtemps qu’on n’est plus sortis, ça va lui faire plaisir. D’autant plus que j’ai été aux abonnés absents ces dernières semaines, et que même si elle est habituée, avec sa vie bien remplie de son côté, je sens que ça lui pèse. Je m’autorise une brève rêverie, je me vois rentrer ce soir, et « Surprise ! Je t’emmène au resto ! »
Ce « surprise » fait écho en moi. Allez, juste un coup d’œil à ce mail, sinon je sens que ça va me titiller, et j’ai vraiment pas besoin de ça.
J’ouvre le message.

« Cher Renaud,
Pour commencer, non, ceci n’est pas un spam, et tu vas vite t’en rendre compte.
Je t’ai vu ce week-end au cabaret. T’avais l’air de bien t’amuser, dis-moi… C’est du propre, je n’aurais jamais imaginé ça de toi. Et en même temps… ça ne m’étonne pas, en fait. Quelle pute. »
Wow. J’interromps la lecture pour regarder l’adresse mail. Louhahahahaha@gmail.com.
C’est – quoi – cette – connerie ?
Je continue.
« Je sais tout et j’ai des preuves à ne plus savoir qu’en faire ! Rien que l’idée de la réaction de ta femme me fait baver d’avance. Te fatigue pas à chercher : tu trouveras jamais qui je suis. Ce qui est certain, c’est que je donnerais cher pour voir ta tête en ce moment. Ah oui, j’oubliais : je t’interdis de me répondre. I mean it. »

Putain. Putain putain putain. Le cabaret. Les queens. Comment peut-on oser s’habiller comme ça en public ? Je n’ai peur de rien, mais ça… je ne pourrais jamais. En tous cas, je n’aurais pas dû déconner comme ça avec Jeff. On était complètement bourrés ! Un hétéro droit dans ses bottes qui se laisse tripoter par un homo assumé ? Personne ne me croira.
On respire, on se calme. Dix minutes avant le meeting de ma vie. Je suis littéralement trempé. Qui c’est, cette connasse ? Enfin, je dis elle, ça se trouve, c’est il. Une fille traite pas un mec de pute.

Mercredi
J’étais éteint au resto hier soir. Adèle a bien vu qu’il y avait un truc qui n’allait pas. J’ai mis ça sur le dos du stress.
Meeting quotidien avec mon équipe de choc. Ils me félicitent tant qu’ils peuvent. Faux-culs.
Je ne sais pas comment j’ai fait. Le fameux mode automatique qu’exige ma fonction sans doute. Purée, ce truc est d’une efficacité redoutable. Personne n’a rien vu.
Sauf Adèle. Adèle, elle a des antennes surnaturelles, elle capte des trucs que même moi je capte pas de moi-même. Adèle, à qui je dis tout. Enfin, presque tout.
Je rumine devant mon bureau en me demandant ce que je peux faire. Nouveau message. Lou.
Un frisson d’horreur me parcourt. Instinctivement, j’appuie sur Supprimer. Pour illico cliquer sur ma corbeille, dans laquelle le message d’hier se trouve encore. Pourquoi ne l’ai-je pas supprimé complètement ? Et si les gars de l’informatique avaient accès à ma boîte ? Supprimer. « En êtes-vous sûr ? Oui ». Deux fois. Lou a disparu. Lou est un cauchemar. Tout ça n’a pas eu lieu.

Jeudi
Deuxième nuit blanche. La suppression des mails n’a pas eu l’effet escompté.
195 mails ce matin. On progresse ! Nouveau message de Lou. Merde. Cette fois, je lis. Personne n’a jamais eu d’emprise sur moi, ce n’est pas aujourd’hui que ça va commencer.
« Mais c’est pas bien, ça, de supprimer les messages sans les lire ! Je vais devoir te punir…
Tu ne veux pas d’ennuis, dis-moi ? Ou peut-être que si, en fait ? Hahahahaha ! Je disais donc, dans ce mail que tu n’as pas lu… que j’ai envie de m’amuser un peu, tu permets ? Voyons voyons…
Vu que t’es une belle salope, ça pourrait être sympa de mettre ça en pratique… autrement… non ? Je vais te donner… des gages !!! Héhéhé. Tu vas voir, on va bien rigoler.
Premier gage : tu vas aller acheter une perruque. De femme. Aujourd’hui. Une belle hein, pas un truc de déguisement à deux balles. Et je veux une photo de toi avec la perruque sur la tête. A propos de photo… regarde comme vous êtes mignons, Jeff et toi… tu vois, je ne plaisante pas, ma chérie !
Je te retrouve demain pour la suite… quel suspense !!! J’espère que tu es aussi impatiente que moi ! »
Putain de merde. Quel taré. Supprimer.

Vendredi, 7h45
254 mails, une perruque et une nouvelle photo de moi entre les mains d’un cinglé. Après tout, il ne peut pas en faire grand-chose… et moi je gagne du temps. Je classe les mails sur les noms, tape L. Bam. Lou.
« Excellent choix, ma petite chatte ! Allez, on monte d’un cran ! Aujourd’hui, une petite liste de courses pour le week-end 
– robe à ta taille. Sexy la robe, hein ? N’oublie pas qui tu es.
– rouge à lèvres, fard à paupières, fond de teint, poudre visage. »
Affligeant. J’ai vraiment tiré le gros lot. Je réfléchis. Faut que je trouve qui est cette enflure.

22h35
Nouveau mail de Lou. Deux par jour ? Non mais ça va aller, oui ? Je sens monter la colère. Une colère haineuse.
« Alors, va falloir que les choses soient claires. TU FAIS CE QUE JE TE DIS, SALOPE !!! T’es pas en position de force là, tu réalises ? Du coup, j’ajoute quelques éléments à la liste :
– bas. Avec des porte-jarretelles.
– string dentelle rouge
– soutien gorge assorti. Je suis sûre que ça t’ira à merveille !
– ah oui, et le plus important : chaussures à talons aiguille. A ta taille. Et lésine pas sur la camelote, hein, je sais que t’as le pognon. J’envoie les photos à ta femme si ce n’est pas fait dans les 24h… ».
Mon cœur bat la chamade, mais ce n’est plus de peur. What – the – fuck ? Ca doit être le surmenage. Je vais aller acheter ça demain, pendant l’entraînement de Sam.
J’ai de plus en plus chaud. Je ferme le PC. Les mots de la liste me hantent, et ce trouble qui persiste… manquait plus que ça.

Samedi, 9h15
Je ne regarde pas mes mails tant que j’ai pas fait ces putain de courses.

16h20
C’est bon, j’ai tout. J’aurais jamais pensé que j’y arriverais ! J’étais dans un état second tout le temps des courses. Canon, la robe, au passage. Et les chaussures aussi. Sans parler de la lingerie. J’ai une érection rien que d’y penser. Super bizarre. C’est vrai que j’ai toujours aimé la lingerie… mais sur mes partenaires. Je vérifierai si le stress extrême donne des érections. Par contre, quel con le mec des cosmétiques. « C’est pour vous ou votre femme ? Hihihi ». Connard.
Faut que je regarde mes mails. Pas de message de Lou. On va essayer de profiter du samedi soir en famille.

Dimanche 6h10
Encore une insomnie. Merde. J’ai envie d’essayer les fringues. J’arrête pas d’y penser, ça devient une idée fixe. Je suis vraiment surmené… Il n’y a pas un truc, comme ça, où la victime tombe amoureuse de son bourreau ? Purée, je divague complètement. En même temps, ça fait quatre nuits que je dors pas. Pas envie de regarder mes mails aujourd’hui.

14h
Adèle et les enfants sont partis faire une ballade à vélo, ils en ont au moins pour trois heures. Allez, j’y vais, parfois faire un truc qui nous hante, ça permet de passer à autre chose.
Je m’habille. Le choc. Je ne me reconnais pas. Je suis juste ca-non. Dingue. Bon le maquillage, c’est pas vraiment ça, et puis j’ai pas le temps. Mais pour le reste… Je me sens de plus en plus… excitée ? Cette fois, il m’en faut plus. Besoin d’une douche. Va falloir que je réfléchisse à tout ça quand-même.

21h45
Un mail de Lou. J’avais pourtant dit que je ne regarderais pas. Mon cœur s’emballe de nouveau. Ma réaction m’effraie. La colère – haine – peur des derniers jours s’est transformée en une espèce d’excitation qui me met super mal à l’aise. Je lis direct.
« Alors ma chérie, t’as essayé tes beaux nouveaux vêtements ? Je valide ! Tu es ravissante ! »
Sueur froide. Comment sait-il ? Il m’espionne ? Il me mate ? La haine ressurgit.
« On passe un nouveau cap ? Allez ! C’est le moment de sortir au grand jour ! Tadaaaaa !!! Demain, tu vas faire une petite promenade avec tes beaux atours ! Attention, je te surveillerai ! Ne me déçois pas… ».
Ça va s’arrêter où ce truc de dingue ?

Lundi 6h30
Nuit peuplée de fantasmes complètements bizarres, pollution nocturne, la totale ! Ce matin, Adèle me regarde d’un drôle d’air. Je fais semblant de rien, mets tout l’attirail dans un sac de sport que je fourre dans le coffre de la voiture, et quitte la maison rapidement.

7h45
Oh la la, 421 mails, catastrophe ! Faut vraiment que je me reprenne, là. Ça va finir par se remarquer.
Je cherche un nouveau mail de Lou. Il n’y en a pas. Je me sens mal et ça m’inquiète. C’est quand j’ai un message de Lou que je me sens mal, en principe, pas l’inverse. Ça ne change rien au plan, il me surveille, l’enfoiré. Ce midi, va falloir trouver un moyen de sortir avec ces foutues fringues sans que personne ne capte rien. Je vais reporter ma réunion et louer une chambre en hôtel de jour. C’est quand-même bien d’être le chef. Annuler un truc sans se justifier… le pied !

14h15
J’ai filé à l’anglaise à midi pile pour un saut à l’Ibis. M’habiller sur un temps si court, l’enfer. Mais après une heure de préparation acharnée, j’étais juste sublime. Sortir de là l’air de rien n’a pas été une mince affaire, mais avec perruque, lunettes noires, rouge à lèvres et la couche de fond de teint que j’ai mise, j’ai l’impression que c’est passé.
Je sais qu’il m’espionne. J’ai regardé partout, rien vu. Je me sentais belle et puissante, et il y avait comme une odeur de défi dans l’air. Comme si je commençais à y prendre goût. Un fameux pied de nez à ce malade ! Ça ne résout pas la question d’Adèle, mais c’est toujours ça de pris.

Mardi
Pas de mail de Lou. Merde.
Je m’oblige à me concentrer pour rattraper mon retard. A mon niveau, c’est juste pas pensable.

Mercredi
Toujours pas de mail de Lou. Je me sens de plus en plus mal. Je repense à ma sortie en fille de lundi. J’aurais presque envie de recommencer. Juste pour lui prouver qu’il n’a pas la main.

Jeudi
231 mails et toujours rien de Lou. Qu’est-ce qu’il fout ?

Vendredi
Enfin un mail !
« Salut beauté ! Alors, prête pour le grand saut ? Ce week-end, tu sors !!! »
Oh purée. Des tas d’images m’assaillent. Joie, soulagement, terreur. En quelques secondes, je suis trempée. Trempée de désir, d’impatience, de peur… Mais qu’est-ce qui m’arrive ? Ces émotions m’épuisent. Le grand saut ? Impossible. Je ne peux pas faire ça. Je ne suis pas prête.
Va falloir que je parle à Adèle. Va falloir que je me décide à retourner voir ma psy.

Samedi 11h
J’ai parlé à Adèle. Je lui ai tout dit. Elle m’a longuement écoutée, toute l’histoire, tous les détails. Elle n’a presque pas posé de question. Elle est sous le choc, elle a peur et je comprends. Moi aussi j’ai peur. Ça nous bouscule, ça va prendre du temps. Mais sa réaction n’a pas été celle que je craignais. Depuis seize ans qu’on est ensemble, elle aussi a envie de renouveau, pour elle, pour nous. Et pour la première fois, elle l’a verbalisé. On va le faire ensemble, ce trajet.

15h
Parler m’a libérée. Maintenant qu’Adèle sait, c’est comme une évidence. Tout s’emballe. Tout semble possible. Tout est possible. C’est vertigineux. Je me sens invincible.
J’ouvre mon PC. Un message de Lou. Avec une adresse. Un bar queer, d’après mes recherches sur internet.

23h
J’ai mis trois heures à me préparer. J’ai pris un Uber, le type me matait non-stop dans son rétro. Il s’est arrêté devant le bar, est descendu pour m’ouvrir la porte de la voiture. Son regard insistant sur mes jambes était plus que clair.
Par réflexe, je regarde une dernière fois mes mails. « Bonjour ma belle… c’est ton grand soir… tu te sens comment ? »
Il va voir.
Avant de le bloquer, je clique sur Répondre : « Va te faire foutre. Maintenant, Lou, c’est moi. »

*

Merci à M.

Je regarde l’avis de décès sans le voir. Ce n’est pas possible. Tu es mon sel et ma sève. J’ai à peine lu et mon corps crie déjà le manque de ta peau, de ton regard juste avant l’orgasme, de tes traits lorsqu’enfin tu te laissais jouir, non, je ne veux pas parler au passé, de tes traits lorsqu’enfin tu te laisses jouir. Comment as-tu pu ? On ne dit pas non à la vie.

mmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmm***

Ça fait deux ans que nos corps fusionnent dans l’ombre, deux ans qu’on grappille quelques minutes ici et là. Dans une salle de réunion, l’ascenseur, l’escalier de secours, les toilettes, l’infirmerie, les cuisines, même. On se roule dans le cliché avec délices.

Deux ans qu’on fait l’amour partout dans la boîte, par défi, fantasme, vengeance parfois. Toujours des quickies, on n’a pas le temps pour plus. Chaque mardi, on se donne rendez-vous quelque part à l’heure du repas. Après deux ans, on connaît chaque placard, chaque recoin, chaque pièce cachée du bâtiment.

Si on se cache, ce n’est pas par peur de se faire prendre. C’est parce qu’on est addict à cet équilibre instable du secret. L’interdit nous tient, nous fait frémir quand nos regards se croisent dans un couloir, et nos ébats sont presque violents tellement nous avons soif l’un de l’autre.

On s’est rencontrés dans un meeting. Tu venais d’arriver dans la boîte, tu faisais une présentation sur je ne sais plus quoi. Je n’ai rien écouté, rien compris, rien retenu. Je n’ai fait que te regarder. Je n’avais jamais trouvé un homme aussi séduisant, et ce qui était nouveau pour moi, c’est l’effet que ça me faisait. Après la réunion, j’ai traîné pendant que la salle se vidait pour avoir une occasion de te parler. Je t’ai félicité sur ta présentation sans avoir la moindre idée de sa qualité et t’ai proposé de faire connaissance autour d’un café. La complicité s’est installée immédiatement, une complicité sans ambiguïté, tu voulais la même chose que moi et nous n’avons pas eu besoin de le dire. On a beaucoup ri, j’avais tellement envie de toi, le temps a filé, il fallait quand-même retourner bosser.

C’est comme ça que ça a commencé. On s’est planifié un meeting le lendemain, un mardi, dans une des rares salles de réunion sans fenêtre que je savais peu utilisée. J’avais un besoin irrépressible de te goûter, de te déguster, je voulais savoir si tu étais plutôt sucré ou salé, doux ou acide. Je voulais inverser les rôles. Je t’ai plaqué contre la porte pour que personne ne puisse entrer, et c’est à genoux que j’ai ouvert ta ceinture et baissé ton pantalon, sans manières, que je t’ai pris dans ma bouche, avidement, profondément, mes mains accrochées à tes hanches. Tu t’es mis à onduler, et moi j’étais en transe, et je t’aspirais de toutes mes tripes. Ma langue te faisait tout ce dont j’avais toujours rêvé, explorait chaque repli, chaque aspérité de ton territoire, c’était doux, c’était bon. Je ne voulais pas bâcler notre première fois, je voulais que ce soit sensuel, que la jouissance monte progressivement, pas trop vite, pas trop fort. J’écoutais tes frissons, tes sursauts, ton souffle et tes râles, je t’écoutais avec mes yeux, ma peau, mes doigts. Je voulais te découvrir dans la langueur, comme on savoure une sieste d’été. Je voulais ancrer toutes ces premières fois dans la mémoire de mon corps, la douceur de ton gland lisse contre mes lèves, dans ma bouche, sur ma langue, la fermeté de ta verge tendue vers moi dans toute la beauté de ton désir, et ton regard clair, sans filtre, que je buvais comme je voulais boire ta sève, jusqu’à ce que je n’en puisse plus et ferme les yeux pour plonger au plus profond de mes sensations, pour que les sons et le contact de nos corps prennent toute leur ampleur. Notre danse s’intensifiait, j’allais et venais, je tournais et suçais et léchais sans parvenir à assouvir ma soif de toi. Le plaisir que je prenais à t’en donner me montait à la tête, je me sentais perdre pied, j’avais envie de rire et de pleurer et de remercier Dieu auquel je ne croyais pas pour cette rencontre inespérée. Tout allait de soi, tout était si naturel, nous étions osmose et perfection et j’avais l’impression de découvrir enfin la Volupté. J’avais perdu la notion du temps, plus rien n’avait d’importance que notre plaisir, rien ne pouvait interrompre notre folie, et tes jambes tendues par le désir d’aller jusqu’au bout de la jouissance, tes mains agrippées à mes cheveux, ton souffle qui s’accélérait, les râles que tu étouffais, ton odeur qui éveillait des pulsions inconnues, toute cette beauté explosait en moi. J’aurais voulu que ça dure des heures, j’aurais voulu jouer avec ton plaisir jusqu’à ce que tu me supplies de mettre fin à ton attente, mais le temps filait et nous savions tous deux que nous jouions un jeu dangereux. Ton envie d’extase et mon besoin de t’y emmener sont devenus irrésistibles, je voulais voir le plaisir transformer ton visage et j’ai accentué une dernière fois mes mouvements, la succion, les caresses de ma langue sur ton frein, jusqu’à ce que tes yeux se ferment et que ton corps se mette à trembler. Tu as joui si fort que j’ai eu peur pour toi, peur de l’arrêt cardiaque parce qu’il fallait se taire et que tout ce plaisir devait sortir, et je sentais l’émerveillement m’emplir et déborder, et la gratitude me submerger. Tu étais magnifique. Je n’avais jamais trouvé le plaisir sur un visage aussi émouvant.

J’avais créé un meeting récurrent dans Outlook et j’attendais chaque mardi avec la peur au ventre. Peur que tu ne viennes pas, que cette histoire invraisemblable ne s’arrête. Nous n’avions aucun autre contact. Pendant deux ans, j’ai vécu chaque moment avec toi comme le dernier, et l’intensité de nos échanges était toujours la même. Toi aussi tu attendais ce moment, je le voyais dans ton regard quand on se rejoignait.

On a tout fait. Tous les actes, toutes les parois, tous les meubles, toutes les positions, on a exploré chaque millimètre carré de nos corps, chaque micro-sensation, mais le temps nous échappait, ça a pris des mois avant qu’on ait pu en faire le tour. Tout cela était tellement nouveau, tellement surréaliste, j’étais ivre de toi, je découvrais des plaisirs que je n’avais jamais imaginés. Tu me fascinais, et ton corps, et tes yeux, tes yeux mutins qui me disaient « Et ça, tu aimes ? » et moi je continuais de me demander comment j’avais pu vivre sans. Nous n’avions pas besoin de parler. Chaque mardi, nous explorions un nouveau territoire, chaque mardi, nous découvrions de nouvelles sensations. Personne n’a jamais touché ma peau comme tu l’as fait.

mmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmm***

Je suis debout dans l’entrée, et un long cri gonfle en moi et reste coincé dans ma gorge, se tord, et les larmes affluent, putain, j’ai mal, j’ai mal, j’ai mal ! Serrer les poings, fermer les yeux très fort pour ne pas pleurer. Je ne pense à rien d’autre qu’à ta peau que je ne caresserai plus, ta verge, ta belle verge douce et dure, que je ne savourerai plus, tes mains qui ne s’accrocheront plus à mes hanches, la puissance de mes orgasmes presque immédiats quand tu me prenais, et ton regard, ce regard transparent où je plongeais jusqu’au vertige, tout ce gâchis innommable. Je n’ai rien vu. Je ne comprends pas. La voix de Louise, ma Louise adorée, la femme de ma vie, me sort de ma torpeur : « Marc ? Les enfants ? A table ! ». Je fais un effort inouï pour ravaler ma douleur. « J’arrive ! ».

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Laure Bouquery Coaching de vie et sexologie, spécialisée en sexualité, relations et rapport au corps à Bruxelles (Schaerbeek)

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